Un cours de narration

A la rentrée, je dispenserai pour la seconde année le cours de narration dans une école de préparation aux écoles supérieures artistiques (PREPARTS).

L’expérience m’enthousiasme d’autant plus que – l’école étant nouvelle – le programme pédagogique est en mouvement, et largement basé sur le désir de l’enseignant. Désir de transmettre, mais également de mettre en mouvement et en questions sa propre pratique artistique au contact des étudiants. En effet, l’une des particularités de l’école et que chaque enseignant est avant tout acteur dans le champ qu’il enseigne. Il s’agit donc d’un savoir qui se cultive, en même temps qu’il s’énonce. Une expérience riche pour les étudiants qui, à l’issue de l’année, présenteront un concours d’entrée dans une école de cinéma, en Belgique ou à l’étranger.

Quelques semaines avant le début d’une année nouvelle, j’ai eu l’envie de me pencher sur le métabolisme du cours que je dispense : son contenu, ses objectifs et la méthode que je propose.

Bien entendu, rien n’est figé dans le marbre. Aussi, j’envisage, en cours d’année, de nourrir cette page de réflexions complémentaires et/ou de modifier l’une ou l’autre des dimensions du cours.

description/contenu

Le cours est bâti sur une gageure, un défi que je me donne un an pour relever. Il y a une double dynamique à amorcer chez l’étudiant. D’une part, débrider l’Imaginaire, faire prendre conscience qu’il s’agit d’un espace que l’on peut amadouer, pour peu qu’on s’y rende régulièrement et avec méthode. D’autre part, donner les clés de la dramaturgie classique : avec ses règles, son histoire.

L’équilibre est fragile, les deux pôles de cette démarche pédagogique se rejetant sans cesse et d’autant plus fort que l’étudiant, la plupart du temps pétri de la mythologie d’un cinéma du spectacle, aborde l’apprentissage d’une telle matière (le scénario) comme l’assimilation d’une science étrangère, figée.

Il faut alors faire ça à la frustration d’une solution clé sur porte non livrée, d’une matière non linéaire, difficilement assimilable d’un souffle.

objectifs

Il s’agit de faire prendre conscience de la primauté du récit sur toute chose, dans l’entièreté du domaine artistique et, simultanément, de ses déclinaisons spécifiques dans le champ cinématographique. C’est la raison pour laquelle je préfère « narration » comme dénomination, à « scénario » (trop restrictif, technique).

A la fin de l’année, l’étudiant a éprouvé les fondements de l’art de la narration. Il sait par ailleurs que cet art se base sur différents matériaux dont il est habité, et qu’il peut à présent convoquer délibérément. Quelle que soit la section qu’il choisira par la suite (réalisation, bien sûr, mais tout autant montage, son, image, production, art vidéo), il pourra mobiliser ces notions pour collaborer de manière créative et constructive au sein d’une équipe de cinéma.

méthode

Le cours est basé sur le principe de l’atelier d’écriture. Avancée collective et progressive. Les éléments théoriques sont dispensés au compte-goutte, en fonction des écueils rencontrés par la classe.

Mutualisation des matériaux de l’écriture, afin de désamorcer le mythe de la page blanche et le piège de l’affect, tout en favorisant l’investissement intime et personnel.

L’atelier d’écriture permet la convocation d’extraits variés et leur analyse ciblée. Il offre, par la pratique, un contexte au travail d’écriture demandé à l’étudiant.

Invitation à se dépasser, et à dépasser les limites de la culture cinématographique et littéraire que l’étudiant est en train de se forger.

En deux mots : processus dynamique.

En tant que professeur, je m’inscris dans ce processus. Je me prête au jeu de l’écriture. Par ailleurs, en mettant sur la table des références, des exercices comme autant de propositions pouvant être débattues, j’engage l’étudiant à amener ses propres références, à les valoriser par une distance critique apprise au cours.

évaluation

Assiduité.

Devoir hebdomadaire sous forme de retranscription des textes produits lors de la séance précédente.

Auto-évaluation basée sur discussions collectives et lectures systématiques des textes produits en cours.

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